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Pourquoi la transformation de la fonction RH se heurte toujours au même obstacle
| Janine Trinkaus
À chaque saison budgétaire, le message adressé aux services RH est le même : faire plus avec moins. Les effectifs restent stables. Les attentes grandissent. Et, pendant ce temps, le travail réel (recrutement, intégration des nouveaux salariés, gestion de la conformité, traitement des demandes des employés, gestion des avantages) devient discrètement plus complexe à chaque changement réglementaire, restructuration organisationnelle et évolution des effectifs.
Quelque chose est en train de se briser. Et ce n’est pas l’ambition des RH. C’est l’infrastructure au sein de laquelle on leur demande d’opérer.
Le problème d’efficacité non nommé
Demandez à n’importe quel responsable RH quelle est sa plus grande problématique opérationnelle et vous entendrez des réponses semblables : « Nous travaillons en flux tendu. »
Mais être en flux tendu n’est pas un problème de stratégie. Il s’agit souvent d’un problème de processus et d’infrastructure qui est mal diagnostiqué comme simple problème de ressources.
Les équipes RH doivent simultanément :
- Piloter des initiatives de transformation complexes (adoption de l’IA, conception organisationnelle autour des compétences, politique de travail hybride)
- Assurer la conformité dans un environnement réglementaire de plus en plus difficile
- Proposer une expérience collaborateur de qualité à grande échelle
- Contribuer à créer une valeur métier mesurable, avec des marges d’erreur de plus en plus réduites
Tout cela survient alors que la majeure partie de l’ossature administrative réelle des RH (gestion documentaire, gestion des dossiers du personnel et de l’intégration de nouveaux salariés, suivi de la conformité) est encore gérée au moyen de lecteurs partagés, de fils d’e-mails et de processus manuels cloisonnés. Résultat ? Une fonction piégée dans une gestion permanente des urgences opérationnelles, incapable d’investir véritablement dans le travail stratégique sur lequel elle est évaluée.
Les RH en chiffres : sous-financées et surchargées
Les ressources humaines bénéficient d’environ 0,80 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, l’un des niveaux de financement les plus faibles de toutes les fonctions de support organisationnel. Les finances en perçoivent 1,25 %. L’IT, 3,14 %. Le marketing, 7,5 %.
(Source : Gartner 2025 CHRO Budget Benchmarks)
Pourtant, les RH sont censées gérer la ressource la plus complexe et la plus stratégique de l’entreprise : les collaborateurs.
69 % des coûts RH relevant de l’humain, l’efficacité opérationnelle de cette fonction dépend directement de la manière dont les membres de ce service utilisent leur temps. Cela crée un problème cumulatif. Lorsqu’une part importante du temps d’une fonction déjà sous-financée est accaparée par des tâches administratives à faible valeur ajoutée, l’écart entre les performances attendues du département RH et ses performances réelles se creuse chaque trimestre.
Où la transformation des RH échoue en pratique
Selon l’explication conventionnelle, c’est le budget. Mais le problème plus profond est structurel.
Les initiatives de transformation des RH (mise en œuvre d’un SIRH, refontes de processus, programmes d’expérience collaborateur) ont tendance à accorder la priorité aux couches données et systèmes. Elles modernisent les modes de stockage et de restitution de l’information relative au personnel. Mais, elles abordent rarement la circulation des documents au sein de l’organisation.
La fonction RH d’une grande entreprise moyenne gère des milliers de documents : contrats, avenants, propositions d’embauche, dossiers d’intégration, documentation des performances, certificats de conformité, accusés de réception des politiques, dossiers de départ. Ces documents :
- sont répartis dans de multiples emplacements (lecteurs partagés, boîtes e-mail, dossiers locaux, archives physiques) ;
- ne sont pas connectés aux systèmes RH qui doivent les traiter ;
- nécessitent une gestion manuelle pour leur récupération, leur distribution, leur classement et leur suppression ;
- génèrent des risques de conformité lorsque les règles de conservation sont gérées manuellement.
La pile technologique RH s’étend. Le problème documentaire persiste.
Selon un rapport Gartner de 2025 sur l’évaluation de l’IA pour la gestion documentaire, 70 à 90 % de l’information professionnelle est stockée dans des formats non structurés, et, donc, sans être classifiée, indexée, ni gérée, faute de temps. Et d’après une étude de Cisco, 14 % des organisations affirment avoir une grande confiance dans le fait que leur contenu est prêt pour l’IA.
Dans la fonction RH, où le patrimoine documentaire est particulièrement complexe, le fossé entre la couche de données et la couche documentaire constitue un obstacle direct à la transformation.
(Source : Gartner, Evaluating AI for Document Management, janvier 2026)
7 raisons pour lesquelles une gestion documentaire moderne est indispensable
Les équipes RH peuvent se noyer dans un chaos documentaire, perdant chaque jour des heures précieuses à rechercher des documents et à jongler avec des systèmes disparates. Une DMS est la solution. Voici pourquoi.
Lire maintenantCoûts mesurables de ce fossé documentaire
Les conséquences se manifestent à quatre niveaux :
- Retards d’intégration : lorsque la gestion documentaire s’effectue manuellement, les nouvelles recrues ne peuvent pas être pleinement opérationnelles dès le premier jour. Le délai d’opérationnalisation est directement impacté. Les organisations disposant de programmes d’intégration solides et structurés atteignent un taux de rétention des nouveaux collaborateurs supérieur de 82 % et une productivité supérieure de 70 % par rapport à celles ayant des processus d’intégration improvisés. Pourtant, seuls 12 % des salariés estiment que leur entreprise gère bien l’intégration. Lorsque la gestion documentaire est manuelle et déconnectée du SIRH, l’intégration ne peut pas être cohérente ni structurée. Corollaire : ce coût cumulatif génère un turnover précoce. (Brandon Hall Group)
- Risque de conformité : la gestion manuelle de la conservation et de la suppression expose à des violations de la protection des données, en particulier du RGPD, notamment lorsque la gestion des départs n’est pas systématisée. Le total cumulé des amendes liées aux violations du RGPD dans l’UE a atteint quelque 5,65 milliards d’euros début 2025, la moyenne des amendes dépassant 2,36 millions d’euros. Le secteur de l’emploi figure régulièrement parmi ceux ayant les montants d’amende moyens les plus élevés. La gestion du cycle de vie des documents RH constitue un risque direct pour l’entreprise, pas simplement une contrainte opérationnelle. (CMS GDPR Enforcement Tracker / DLA Piper, 2025)
- Risque lié aux talents : les DRH expérimentés, qui devraient contribuer à la stratégie de gestion du personnel, consacrent une part significative de leur temps à rechercher des documents, obtenir des signatures et gérer le classement. C’est du temps qui n’est pas consacré au recrutement, à la rétention ou au développement professionnel.
- Échec de la préparation à l’IA : les dirigeants attendent de l’IA qu’elle génère des gains de productivité importants dans les différents métiers de l’entreprise. Dans les RH, cela est presque impossible lorsque les documents – principal vecteur d’informations critiques liées à l’emploi – sont non structurés, classés de manière incohérente et déconnectés des systèmes RH centraux. Selon le cabinet de conseil Gartner, 63 % des organisations ne disposent pas, ou ne savent pas si elles disposent, des bonnes pratiques de gestion des données pour l’IA. Plus critique encore, Gartner prévoit que, d’ici 2026, les organisations abandonneront 60 % des projets d’IA qui ne reposeront pas sur des données prêtes pour l’IA.
Dans les RH, où la couche documentaire constitue la principale source d’informations non structurées liées à l’emploi, il ne s’agit pas d’un risque technologique, mais d’un risque de gouvernance et d’infrastructure.
Ce qui change
Les services RH qui progressent sur ce sujet partagent un changement de perspective commun. Ils ont cessé de considérer la gestion documentaire comme un problème administratif pour la traiter comme un problème d’infrastructure, en amont de toutes les initiatives de transformation qu’elles souhaitent mener.
Cela implique d’examiner l’ensemble du cycle de vie des documents (de leur création à leur destruction réglementaire) et d’identifier chaque point où une intervention humaine remplace l’action d’un système. Pour cela, il faut connecter les flux documentaires au SIRH afin que les déclencheurs du système exécutent automatiquement les bonnes opérations documentaires. Et cela signifie aussi donner aux salariés un accès en libre-service aux documents dont ils ont besoin plutôt que de faire passer chaque demande par les RH.
Aucun de ces changements ne requiert un programme de transformation de grande envergure. Ils nécessitent d’identifier l’emplacement exact où figure ce fossé documentaire au sein de l’architecture technologique RH existante et de le combler systématiquement.
Pourquoi le problème sous-jacent est l’infrastructure opérationnelle
Les services RH n’échouent pas parce que leurs responsables manquent d’ambition ou de compétences. Ils n’atteignent pas leur plein potentiel stratégique parce que l’infrastructure opérationnelle n’a pas suivi le rythme des attentes opérationnelles.
La gestion documentaire – souvent négligée dans les feuilles de route de transformation – constitue fréquemment la contrainte cachée.
La question que les DRH doivent se poser n’est pas : « comment obtenir plus de budget ? » Mais : « quelle part de notre capacité actuelle est absorbée par des tâches qui devraient déjà être automatisées ? »
Dans la plupart des départements RH, la réponse est plus difficile à admettre qu’on ne voudrait bien l’admettre.
Cet article est l’un des six articles de la série « The HR Gap », qui étudie la question de savoir pourquoi la gestion de contenu d’entreprise devient un prérequis à la transformation des RH. L’ensemble de la série est disponible sur le blog de Doxis.
Janine Trinkaus
Janine Trinkaus is Chief People Officer at Doxis, where she leads global HR strategy and people operations. With nearly 15 years of experience in international software companies, she writes about the future of work, HR transformation and building high-performing organizations.